Un peu d’histoire

L’origine du village n’est pas connue. Notre territoire a été sans doute parcouru par les hommes du néolithique (7000 à 2500 ans avant le présent) puisqu’ils occupaient la grotte de la Tourasse à Saint-Martory. Il y avait aussi un atelier de silex sur le plateau du Paillon sur le territoire actuel de Saint-Martory, vers Laffitte-Toupière. De l’époque du bronze datait un dolmen (aujourd’hui disparu) au lieudit Bordebasse.

 

Le Moyen-Age

Dans la monographie qu’il a consacrée à notre village en 1886, Monsieur Jacques Tournié, instituteur, écrit que « le premier fait authentique relatif à l’histoire d’Arnaud-Guilhem est le passage de cette communauté sous la juridiction des Religieux de Bonnefont ». C’est en effet en 1136 que Flandrine de Montpezat et ses trois fils Wilhelm, Fortanier et Bernard donnent des terres aux cisterciens de Morimond en Lorraine afin d’y établir un monastère sur les bords du ruisseau de Bonnefont (actuellement sur le territoire de la commune de Proupiary). L’abbaye est contemporaine de la commanderie de Montsaunès (vers 1140). Les moines-soldats protégeaient la région contre les Maures aux confins du Comminges et du Couserans.

Le village, établi sur les hauteurs, est donc antérieur aux bastides créées de toutes pièces dans la plaine : Boussens 1269, Valentine 1287, Beauchalot 1325.

Ainsi, de 1136 à 1790, c’est à dire pendant plus de six siècles, Arnaud-Guilhem  dépendit de Bonnefont.

Au centre du village, un assez grand bâtiment attire l’attention. Quelle en était jadis l’utilisation et qui l’a fait construire ?

Pendant longtemps, les habitants l’ont appelé “le château-fort” : il en avait en effet l’allure quand on sait qu’il n’y avait pas d’autres ouvertures que les portes sur la rue principale et quelques meurtrières ici et là. Un étage supplémentaire en torchis et pans de bois surplombait le bâtiment.  Les ouvertures sur la façade sud n’ayant été percées qu’au XVIIIème siècle lorsque le presbytère y fut installé, le but défensif est évident. Monsieur Tournié émet l’hypothèse que c’est la communauté des habitants qui l’aurait construit avec l’accord du seigneur du lieu. Aujourd’hui, ce bâtiment sert de salle des fêtes.

Concernant le nom du village, une hypothèse voudrait qu’il s’agisse du nom de deux familles (les « Arnaud » et les « Guilhem ») qui seraient les seules rescapées d’une épidémie de peste ou de choléra. Les révolutionnaires de 1793 crurent que ces familles, ayant donné leur nom au village, ne pouvaient être que nobles et comme ils souhaitaient supprimer toute référence à la religion et à la royauté, le village fut rebaptisé « Mont-Raisin ». C’est à partir du 4 mars 1794 (14 ventôse an II) que les actes publics sont rédigés en adoptant les nouvelles appellations : Municipalité de Mont-Raisin, Canton de Montagne-sur-Garonne (anciennement Saint-Martory), District de Mont-Unité (anciennement Saint-Gaudens). Cependant, dès le 16 frimaire an III (6 décembre 1794), les désignations traditionnelles reparaissent : le nom « Mont-Raisin » n’aura ainsi figuré que dans dix actes d’état civil.

L’époque moderne (XVIème – XVIIIème siècles)

On ne sait pas si le village eut à souffrir des guerres de religion qui ravagèrent la France pendant toute la seconde moitié du XVIème siècle opposant les catholiques aux protestants (appelés également « réformés » ou « huguenots »). On sait que le Parlement de Toulouse donna l’ordre en décembre 1598 de détruire tous les passages sur la Garonne pour empêcher les Réformés du Quercy, du Rouergue et de l’Albigeois de rejoindre les Béarnais. Une partie du pont de Saint-Martory (qui était en bois) fut donc démolie et remplacée par un pont-levis.

Les doléances de 1789
Notre village a la chance d’avoir pu conserver son cahier de doléances. Monsieur Garrigues en a fait l’étude en 1925 dans la Revue de Comminges. Il note que la plupart des doléances sont classiques : égalité devant l’impôt, suppression des corvées, uniformité de la loi dans tout le royaume, liberté du commerce.
Il précise que le cahier d’Arnaud-Guilhem, bien que calqué sur un modèle-type, contient quelques doléances originales : ainsi, l’article 40 demande « la réforme de la loi qui défend absolument de rien donner aux bâtards mais de laisser aux pères et mères la liberté de réparer leur faute ». Cette réforme n’interviendra qu’en 1896 !
La communauté demande également « qu’il soit fait des établissements d’éducation pour les filles du tiers-état à l’instar de ceux pour les nobles » (collèges et universités).

Les propriétés étant assez petites et les terres peu fertiles, les paysans du dix-huitième siècle ont complété leurs revenus avec le travail de la laine : ils ont été cardeurs ou peigneurs de laine. On estime le nombre de tisserands à une douzaine avant la Révolution.

XIXème siècle

En 1806, il y avait 705 habitants. Mais à partir de 1830, le dépeuplement fut inexorable malgré les emplois aux papeteries de Saint-Martory (Barthier) et Mazères-sur-Salat (Job et Lacroix). En 1881, le village a perdu la moitié de la population qui l’habitait en 1835.

« Les événements » de 1859
A partir du 23 juin 1859 et pendant dix-huit mois, la vierge Marie serait apparue au lieu-dit Picheloup à quatre jeunes paysannes qui faisaient paître leur troupeau ; le Christ se serait aussi montré sous les traits du Bon Pasteur. L’endroit se situe au bord du ruisseau de Bonnefont. A l’époque, l’archevêque de Toulouse ne crut pas aux apparitions et défendit aux curés des environs de se rendre à Arnaud-Guilhem avec leurs paroissiens. Ces quatre fillettes sont devenues religieuses en 1861 à la « Providence » au Dorat près de Limoges (Soeurs de Marie Joseph). Puis, « le silence le plus complet ne tarda pas à se faire sur ces manifestations (..,) non seulement dans la région d’Arnaud-Guilhem mais dans le village même où les personnes les plus croyantes vivaient comme en un régime de terreur à cause des défenses sévères qu’avait faites l’Archevêque de Toulouse et que maintenait dans toute leur rigueur le curé de la paroisse ». Il s’agissait de l’abbé Chipron successeur de l’abbé Baron décédé le 10 mai 1860. L’abbé Dumail rapporte dans l’ouvrage qu’il a consacré aux Eglises du Diocèse de Comminges dédiées à Notre-Dame, qu’en 1871 l’une des religieuses (Marie Cavé devenue Marie du Bon Pasteur) « fut favorisée de plusieurs apparitions de Notre-Seigneur dans la Sainte Hostie » et qu’il était demandé à l’Archevêque de Toulouse « de faire bâtir une chapelle au lieu des premières apparitions ». Mais cette demande n’eut pas de suite.

La foule sur le lieu des apparitions (non datée – Labouche Frères)

Aujourd’hui, l’endroit est à nouveau fréquenté et entretenu  par l’association « Les Amis de Notre-Dame de Picheloup » créée en 2003. Chaque année, une messe est célébrée en juin et une autre en septembre pour la fête de Notre Dame des Sept Douleurs.

Beaucoup de transformations furent faites dans la seconde moitié du XIXème siècle. En premier lieu, on fit faire un demi-tour à l’église. Elle était orientée autrefois de façon traditionnelle c’est à dire avec son autel principal vers l’est. L’entrée était latérale et se faisait par le cimetière. Le clocher plat regardait le couchant mais la surélévation de la toiture avait obstrué les baies destinées aux cloches ce qui ne permettait plus aux fidèles des hameaux d’entendre les appels aux offices.

Le projet en 1853 de l’architecte Loupot comprenait notamment la construction d’un clocher.

 

 

Ce croquis est extrait de la monographie de Monsieur Tournié : l’ancienne église est à gauche.

A cette même époque,  le Conseil souhaita faire passer la route au sud de l’église (côté « Pyrénées ») mais, faute de ressources, rien ne fut entrepris jusqu’en 1881. Un nouveau projet fut alors envisagé : le Conseil municipal demanda au sous-préfet l’autorisation de prendre de la terre sur le communal pour la transporter sur la partie nord du cimetière dans le but d’exhausser le sol. En effet, une grande partie de l’espace disponible ne pouvait être utilisée pour les sépultures à cause du manque de fond et de la nature rocheuse du sous-sol. Le travail fut exécuté durant l’hiver 1881-1882 par des corvées gratuites fournies par les habitants avec l’appui et le concours du curé Cazavet (trois journées de tombereau et autant de manœuvre.)

L’école communale fut construite de 1885 à 1889,  la mairie s’installa en 1887 dans une maison achetée à un particulier. A ce moment-là, la population était d’environ 430 personnes. Il n’y avait plus qu’un seul tisserand mais il y avait encore un épicier, un forgeron et un menuisier.

Les guerres ont laissé leur empreinte : 13 noms sont gravés sur le monument aux morts dont 8 rien que pour la guerre 1914-1918.

Ces dernières années, des maisons ont été construites ; il y a eu des décès mais aussi quelques naissances : l’histoire continue !